La vocation mondiale de la Bourgogne trouve l’un de ses appuis les plus significatif dans l’oeuvre monastique du Moyen-Age. Cluny en est le premier foyer spirituel, culturel et politique : plus de 10 000 moines vivront de sa règle dans 1450 maisons réparties dans toute l’Europe. Prière, étude et enseignement ont forgé les grands politiques de l’époque ; plusieurs papes en seront issus. Paray-le-Monial en est le fruit architectural le plus significatif.
Dans un autre style, non loin de Paray-le-Monial, le clocher octogonal du prieuré d’Anzy-leDuc invite les pélerins à franchir son seuil, gardé par le Christ en ascension, et à se laisser pénétrer de la lumière qui envahit son espace liturgique. Cette église fut le prototype de la Basilique de Vezelay.
Alentour, les paroisses de Montceau-l’étoile, de Marcigny ou de Semur-en-Brionais disent bien les racines de cette terre.
Sur ces innombrables églises devenues paroissiales, veille aujourd’hui l’évèque d’Autun, dont la Cathédrale, s’inspirant de Cluny et de Paray-le-Monial, arbore son célèbre tympan du Christ, au Jour de Jugement...
La Bourgogne du Sud.
Aujourd’hui l’une des 22 Régions administratives de France dont elle couvre 5% du territoire, la Bourgogne regroupe les départements de l’Yonne, de la Nièvre, de la Côte-d’Or et de la Saône-et-Loire. Ces deux derniers forment la " Basse Bourgogne " Largement arrosée par la Saône et la Loire, la Basse Bourgogne compose une des palettes infinies de ces paysages bourgignons, dont les prés du Charolais et les vignes du Mâconnais et du Beaujolais composent l’élément méridional.
Le Charolais, aux abord du massif du Morvan, conjugue collines et plateaux dont les prés marneux favorisent l’embouche des boeufs de race blanche dont on ne cesse de compter les troupeaux depuis les routes qui traversent le pays. Rappelons que cette terre est très favorable à l’élevage du boeuf charolais, race appréciée par les connaisseurs et qui contribue à la renommée de cette région.
Le Mâconnais et le Beaujolais prolongent la terre vignicole des "côtes" du Val de Saône et étendent peu à peu leurs sarments sur les côteaux Ouest des monts qui couvrent la région.
Les champs de vignes s’harmonisent aux nombreux paturages de l’arrière pays, ponctués de maisons aux tuiles déjà méditerranéennes, imprègnant cette terre d’une apaisante douceur qui en constitue le charme, l’attrait et la sagesse.
Autour de l’an 1000, Paray-le-Monial voit s’élever les premières colonnes de son histoire les moines bénédictins de Cluny fondent un prieuré sur les rives de la Bourbince.
Nombreux sont ceux qui, au long de l’histoire, ont entendu l’évangile du Christ et ont répondu à l’appel de son Cœur par leur témoignage.
Les Saints et le Coeur de Jésus
St Jean, le premier, repose la tête sur la poitrine de Jésus au moment où celui-ci va être livré. Entendant battre ce cœur, le disciple fait l’expérience de l’abîme d’amour par lequel Jésus sauve l’humanité. (d’après les dialogues de Ste Catherine de Sienne).
St Thomas, incrédule, mettra le doigt dans les plaies des mains et du côté transpercé du Christ ressuscité. Bouleversé, il s’écrie : "Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru." (Jn 20,28-29)
St Paul, apôtre du mystère insondable de l’amour de Dieu pour les hommes, sera spécialement envoyé proclamer l’ évangile aux païens : "Que le Christ habite en vos coeurs par la foi et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour. " (Ephésiens 3,17)
St Justin (IIème siècle)
"Nous avons été taillés dans le Cœur du Christ comme pierres arrachées du rocher (...), lui qui verse l’eau vive dans le coeur de ceux qui, en lui, aiment le Père en toute chose et étanche la soif de ceux qui veulent boire aux sources de la Vie."
St François d’Assise (Xl’ s.) entend l’appel radical de l’Évangile, n’avoir pour seule richesse que l’amour du Christ : " L’Amour de Dieu seul suffit. Mais l’Amour n’est pas aimé !" Tellement uni à son Dieu, il sera marqué jusqu’en son corps par les plaies de l’Amour.
À Ste Catherine de Sienne. Jésus confie : "Tu découvres le secret du coeur puisqu’il te montre que je vous aime plus que je ne saurais le prouver avec cette souffrance finie (...) C’est pour vous le faire connaitre que j’ai voulu que du sang et de l’eau jaillissent de mon côté."
St Benoît
Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de vie.
La fondation de Cluny
Pour se dégager de l’emprise du système féodal, le renouveau monastique naît à Cluny en 910, directement sous la responsabilité du Pape. Libre des influences seigneuriales, les moines reviennent à l’esprit de la Règle de Saint Benoît, et sont rapidement sollicités pour de nouvelles fondations dans l’Europe entière. Paray-le-Monial sera l’une d’entre elles.
La fondation de Paray-le-Monial
En 971, le Comte Lambert demande à Saint Mayeul d’implanter un monastère. Édifice majeur de Paray-le-Monial, cette église romane, restaurée au XIXème siècle, est un fleuron de l’art roman bourguignon, édifié pour la Gloire et la louange de Dieu.
Dès l’extérieur, la façade arbore une remarquable simplicité. Le narthex et la tour de droite datent de la première église.
Le chevet présente un harmonieux étagement d’arrondis. Le cercle est un symbole céleste ; il marque l’espace sacré des édifices religieux,en contraste avec les parties angulaires, symboles d’unification.
Le clocher n’est ni vraiment angulaire, ni parfaitement rond. Là se joignent le ciel et la création. Huit côtés symbolisent le 8e jour, celui de la résurrection du Christ, source de la foi célébrée dans cette maison de Dieu.
L’édifice s’élance sur une hauteur de 22 m, 25 m à la croisée du transept, pour une longueur de 63,5 m. Il conjugue partout le chiffre 3 : nefs composées de 3 travées sur-plombées de 3 arcatures, puis de 3 fenêtres ; le choeur lui-même compte 3 absidioles...
La fresque du chœur date du XIVème et ne fut découverte qu’en 1935 ; l’abside sphérique symbolise le ciel où trône le Roi de la Création : le Christ en Gloire bénissant.
Fort éprouvé par la peste noire de 1346-1348, puis par la guerre de Cent ans, et enfin par les guerres de religions, le prieuré de Paray-le-Monial n’est plus que l’ombre de lui-même lorsque, le 20 juin 1671, Marguerite Alacoque entre au monastère de la Visitation Sainte Marie.
Marguerite Alacoque voit le jour le 22 juillet 1647 à Vérovres, petit village du charolais situé à 30 km de Paray-le-Monial.
En 1672, elle fait profession solennelle dans l’Ordre de la Visitation sous les nom de Sœur Marguerite-Marie. E 1684, elle devient assistante de la supérieure. De 1685 à 1687, elle est maîtresse des novices. De nouveau assistante en 1687, elle meurt le 17 octobre 1690, à 43 ans.
Les deux fondateurs de la Visitation.
St François de Sales, (1567-1622) évêque de Genève résidant à Annecy fonde en 1610 l’ordre de la Visitation Sainte Marie. Les religieuses de la Visitation sont " établies pour être les imitatrices des deux plus chères vertus du sacré Cœur du Verbe incarné : la douceur et l’humilité, qui sont la base et le fondement de leur Ordre et leur donne ce privilège et cette grâce incomparable de porter le nom de filles du Cœur de Jésus.
Sainte Jeanne de Chantal (1572-1641), veuve en 1601, rencontre François de Sales et fonde avec lui l’ordre de la Visitation Sainte Marie (vie contemplative, service des pauvres et des malades). Contraint à la clôture, l’ordre grandit néanmoins rapidement et compte 80 maisons dès 1641.
La Visitation de Paray-le-Monial, fondée en 1626 sur la requête des Pères Jésuites, occupe son emplacement actuel depuis 1632.
Dissoute à la Révolution, la communauté revint en 1823 et dût rénover la chapelle laissée en fort mauvais état. La nef de gauche fut ajoutée en 1898 pour accueillir les pélerins. La dernière rénovation date de 2005.
Ayant accepté de se laisser guider d’une manière radicale par le Christ, s’offrant à lui totalement comme on s’offre à celui qu’on aime, Marguerite-Marie a permis à Dieu de la conduire de façon exceptionnelle. Vivant dans une grande familiarité de dialogues intérieurs avec Jésus, Celui-ci lui apparaît à plusieurs reprises pour lui confier sa mission.
La vie mystique.
Le mot mystique a aujourd’hui un sens péjoratif : on dit de quelqu’un qu’il est "mystique" pour désigner l’angoissé qui n’a pas les pieds sur terre... Or ce mot, dans la bouche des chrétiens, signifie une réalité tout autre.
Est "mystique" celui qui, au plus profond de lui-même, vit une réelle communion d’amour avec Dieu, de qui il reçoit la lumière de la foi, par qui il emprunte le chemin de la charité et en qui il enracine une vivante espérance. Toujours plus désireux de vivre selon l’Evangile, le véritable mystique fait montre de joie et de sagesse qui lui permettent d’assumer, dans l’humilité et l’obéissance à l’Église, la mission d’un véritable discernement spirituel.
En ce sens, tout chrétien est appelé à une vie mystique. Que celui-ci soit gratifié d’expériences particulières d’illumination est une autre question, qui ne présume ni de la qualité de sa vie d’union à Dieu, ni de sa sainteté. Ces expériences sont éprouvantes, et nul d’entre ceux qui les vivent ne désirent qu’elles se multiplient... Pour éviter toute dérive, le discernement des pasteurs de l’Église est nécessaire. Ainsi, ne fermant nullement la possibilité pour Dieu de se communiquer d’une manière toute spéciale à ceux qu’il se choisit pour cela, l’Église accompagne maternellement tous ses enfants sur le chemin de la vie éternelle.









